Première réglementation environnementale (et non plus simplement thermique) du bâtiment neuf en France, la RE2020 a changé la nature même de l’exercice de conception. Pour comprendre les débats qu’elle suscite, il faut d’abord comprendre son architecture : trois piliers, et une trajectoire.
Pilier 1 : La sobriété énergétique
Héritier de la RT2012, le premier pilier mesure la qualité intrinsèque du bâti (le Bbio : besoins de chauffage, de refroidissement et d’éclairage) et ses consommations d’énergie. La logique : un bâtiment sobre par sa conception (orientation, compacité, isolation, apports solaires) avant d’être performant par ses équipements.
Pilier 2 : Le carbone, sur tout le cycle de vie
C’est la vraie rupture : la RE2020 impose une analyse de cycle de vie (ACV) qui comptabilise l’impact carbone des matériaux et des équipements, de leur fabrication à leur fin de vie. L’indicateur Ic Construction plafonne cet impact, avec des seuils qui se resserrent par jalons successifs (2025, 2028, 2031) pour laisser aux filières le temps de se décarboner. Conséquence directe : le choix des matériaux, les quantités mises en œuvre et la qualité des données environnementales (FDES) deviennent des sujets de conception à part entière.
Pilier 3 : Le confort d’été
Troisième pilier, longtemps secondaire et désormais central : l’indicateur de degrés-heures (DH) mesure l’inconfort cumulé pendant les périodes chaudes. Dans un climat qui se réchauffe, il pousse à concevoir des bâtiments qui restent vivables sans climatisation : protections solaires, inertie, ventilation traversante.
Maintenir le cap, améliorer l’outil
Le débat qui traverse la filière n’oppose pas partisans et adversaires de l’ambition : il porte sur l’outil. Bases de données environnementales à compléter, moteurs de calcul à fiabiliser, indicateurs à affiner : c’est tout l’objet de l’épisode lié : garder le cap de la décarbonation, tout en rendant l’instrument plus juste et plus praticable.


